Ils sont enfants de la rue, enfants du métro. Ils connaissent ce monde comme si c'était le leur. Ils y voyagent, ils passent de la Chine à l'Algérie aussi vite qu'un rire peut se transformer en larmes. Ils sont ouverts, ils ont grandi ensemble, ici. On ne les a jamais différencié, pourtant, tout les sépare. Ils ont eu la même éducation, ils ont écouté les mêmes histoires. Depuis tout petit, ils ont chacun de leur côté fait grandir cette fierté, sans savoir vraiment pourquoi. Ils viennent d'ici et d'ailleurs. Certains sont nés ici. D'autres sont arrivés, plus ou moins tard. Ils se sont adaptés. Comme si c'était ça la normalité, finalement. C'est ici qu'ils ont rencontré leur premier amour. Ils ont appris les changements de métro avant même d'apprendre à lire. Ils ont toujours tout mis en commun : religion, origine, famille et autre. Rien ne les a séparé. Pour la plus part d'entre eux, ils partent jamais loin d'ici. D'ailleurs, quand la vraie vie se présente, quand il faut partir, pour les études, le taff, l'amour ou la famille, ça leur fait bizarre. Et ça leur manque rapidement. Le fait d'être pressé, de vivre dans le bruit, d'entendre parler 5 ou 6 langues dans la journée, le bitume, la précision des bus, les cafés hors de prix. Ils reviennent tous un jour ou l'autre, en se disant "C'est d'ici que je viens, c'est ici que je reste". Et moi je les comprends, ces enfants de Paris.